Qui désigne-t-on réellement par “médiateur” ?

14 avril 2026

La récente couverture médiatique autour des événements liés au médiateur fédéral de Brussels Airport montre à quel point les différents rôles associés à la résolution des conflits sont souvent confondus dans la presse. Les articles évoquent fréquemment la notion de médiation, ce qui rend d’autant plus nécessaire de préciser clairement ce que recouvre ce terme. La médiation agréée, un terme protégé par la loi  et attribuée par la Commission fédérale de Médiation se distingue d’autres professions qui font également usage des termes « médiation » et « médiateur » mais relèvent d’autres pratiques. En tant que Commission fédérale de Médiation, il nous apparaît indispensable de clarifier ces distinctions.

Le terme « médiateur » est aujourd’hui utilisé dans de nombreux contextes, qu’il s’agisse de services publics, de services d’ombudsman, de dispositifs de plainte ou de services spécialisés. Beaucoup affirment « faire de la médiation » lorsqu’un conflit survient, ce qui peut sembler rassurant et donner l’impression que toutes les parties se réunissent autour d’une table pour chercher ensemble une solution. Cette image ne correspond pourtant pas toujours à la réalité. La médiation désigne une pratique bien définie. C’est un processus volontaire et confidentiel dans lequel les parties trouvent elles-mêmes une solution avec l’aide d’un tiers neutre, indépendant et impartial. Le médiateur ne prend pas position, ne porte pas de jugement et ne décide de rien. Son rôle est uniquement d’accompagner le processus. Ce sont les parties qui parviennent à une solution, pas le médiateur.  

Dans la pratique, le mot « médiation » est utilisé de plus en plus fréquemment. Beaucoup de services qui affirment faire de la médiation accomplissent en réalité d’autres missions. Cette tendance apparaît également dans des appellations comme « Airport Mediation », où le terme « médiation » désigne un service qui suit et accompagne les conflits et plaintes liés aux activités aéroportuaires. Ces services jouent un rôle important pour les citoyens. Ils écoutent, analysent les plaintes et formulent des recommandations. Toutefois, une spécificité importante de leur travail est qu’il s’opère dans le cadre d’une mission précise définie par leur mandat institutionnel. Cela implique qu’ils peuvent également prendre position dans un dossier. Cette manière de procéder diffère fondamentalement de celle d’un médiateur agréé, qui n’émet pas d’avis sur le fond d’un conflit.

Comme toutes ces formes d’intervention sont regroupées sous le terme de « médiation » et que ceux qui les exercent sont désignés comme des « médiateurs », la confusion s’installe. Ce manque de distinction a des conséquences concrètes sur les citoyens et les parties concernées. Une personne qui s’attend à rencontrer l’autre partie pour chercher ensemble une solution, comme c’est le cas dans le cadre d’une médiation menée par un médiateur agréé, ne trouvera sans doute pas ce qu’elle cherche auprès d’un service qui traite de plaintes, donne des conseils ou enquête sur l’origine d’un conflit. En utilisant le mot « médiation » pour désigner toutes ces approches de résolution des conflits, on brouille les distinctions et l’on perd de vue leurs spécificités. 

Aucune forme de résolution des conflits n’est à privilégier. Différents conflits, selon leur contexte et leurs caractéristiques, peuvent bénéficier de méthodes de résolution différentes. Cependant, les personnes impliquées dans un conflit doivent pouvoir disposer d’une clarté suffisante pour comprendre à qui elles s’adressent, ce qu’elles peuvent en attendre, combien de temps le processus peut durer et quelle portée aura le résultat obtenu. 

Les réponses à toutes ces questions varient selon la forme de résolution des conflits choisie. Il ne s’agit donc pas de déterminer laquelle aurait le plus de valeur, mais de veiller à ce que les différences entre ces approches soient suffisamment explicites pour permettre à chacun de choisir la méthode de résolution la plus adaptée. Lorsque ces différences ne sont pas clairement identifiables, il devient difficile de savoir ce que l’on peut attendre du processus, ce qui peut facilement mener à des attentes inadaptées. 

La Commission fédérale de Médiation (CFM) ne cherche pas à promouvoir la figure du « médiateur agréé » en tant que telle, mais souhaite encourager une utilisation précise et cohérente de la terminologie. Bien que le terme « médiation » soit largement employé dans le langage courant, il demeure essentiel de l’utiliser avec rigueur. Il est donc recommandé de réserver ce terme à une méthode clairement définie de résolution des conflits, dotée de ses propres règles et pratiques, et qui mène à un type de solution qui lui est propre. 

L’objectif est de renforcer la clarté au sein du vaste paysage de la résolution des conflits, où chaque forme de MARC (« Modes Appropriés de Résolution des Conflits ») possède sa propre valeur et répond à des situations spécifiques. 

Lorsqu’une intervention relève véritablement de la médiation selon des principes reconnus, il est important de continuer à la nommer ainsi. Pour d’autres formes d’accompagnement, un terme différent peut apporter davantage de clarté. Le mot « facilitateur » en est un exemple, puisqu’il désigne une personne qui soutient le contact ou le dialogue sans laisser entendre qu’un processus complet de médiation est en cours. 

Une terminologie claire permet de formuler des attentes claires, ce qui est dans l’intérêt de toutes les personnes confrontées à des conflits et de celles qui les accompagnent dans leur résolution.